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La motivation en musculation ou dans le sport

Cela fait maintenant plus de 22 ans que j’ai soulevé ma première barre de musculation, à 16 ans.

Sur les forums de discussion internet (comme celui de SuperPhysique, qui existe depuis 2003 et même 1999 dans sa première version) ou en salle de musculation, j’ai échangé avec des centaines de pratiquants et il faut confesser quelque chose : hormis ceux qui sont devenus « professionnels » et vivent indirectement de leur physique, absolument aucune des personnes rencontrées il y a une dizaine d’années ne pratique encore la musculation. Aucune.

Pire, d’une manière générale, la grande majorité des gens abandonnent la musculation au bout de six mois.

Mais alors, d’où vient la motivation à faire de la musculation ou du sport en général ?

Pourquoi ai-je continué quand tant d’autres ont abandonné, sans être ni professionnel, ni compétiteur, ni particulièrement doué et bien souvent m’entraînant complètement seul ?

Squat gobelet lesté avec veste et haltère

Les types de motivation

Motivation par le résultat

Durée estimée de la pratique : 3 à 6 mois.

La motivation la plus fréquente est liée aux résultats : le pratiquant veut avoir le physique de Brad Pitt dans Fight Club (pour ceux de ma génération…) et la pratiquante les fesses de Kylie Minogue.

Souvent la motivation finale est d’ailleurs encore autre et relève simplement d’un besoin de « pouvoir » sur le sexe opposé ou de reconnaissance.

Mais si d’un coup de baguette magique, Aladin sorti de sa lampe pouvait leur donner ce résultat, ces pratiquants n’iraient jamais s’entraîner.

En général, les pratiquants qui ont cette unique motivation n’entraînent d’ailleurs que les pectoraux, les biceps, éventuellement les abdominaux et n’arrivent pas à suivre un régime alimentaire adéquat.

Hélas, au bout de quelques mois d’entraînement (3 à 6 mois), le pratiquant comprend qu’il lui faudra des années pour éventuellement ressembler à Brad Pitt et abandonne, tout simplement.

Notez au passage que nous avons tous notre morphologie musculaire et osseuse propre et que vouloir ressembler physiquement à quelqu’un d’autre n’a pas de sens, physiologiquement parlant en tout cas.

Les champions ou people peuvent toutefois servir d’inspiration : j’ai du voir une cinquantaine de fois Bloodsport avec Jean-Claude Van Damme quand j’étais adolescent :

Jean-Claude Van Damme

Motivation par la progression

Durée estimée de la pratique : 3 à 5 ans.

Dans la motivation par la progression, le pratiquant n’est plus focalisé vers un objectif absolu, mais plutôt sur sa propre évolution physique : le chemin plutôt que la destination.

Ce type de motivation est déjà plus réaliste et pérenne.

En général, les pratiquants qui ont cette unique motivation n’entraînent toutefois que le haut du corps (l’entraînement des cuisses est particulièrement difficile, et facilement passé à la trappe sous divers prétextes : « je cours », « je fais du foot », « mes cuisses sont déjà trop grosses »…), mais peuvent éventuellement suivre un régime alimentaire adéquat, susceptible de favoriser leur progression.

Ils peuvent aussi tomber dans le dopage, pour progresser plus vite.

Mais assez rapidement, une blessure (quand seule la progression vous importe, vous finissez pas ne pas « écouter » votre corps et vous blesser) ou des responsabilités familiales/professionnelles croissantes qui ne permettent plus de s’entraîner aussi bien et rendent difficile la progression, voire font régresser, annihilent leur détermination et les font arrêter, en général au bout de 3 à 5 ans.

Ceci coïncide également avec le fait que la progression musculaire ralentit fortement à partir de trois années de pratique sérieuse.

La musculation autotélique

Durée estimée de la pratique : au moins cinq ans.

Est-ce que vous vous entraîneriez si vous étiez sur une île déserte et sans espoir de retour à la civilisation ?

Ici, la musculation (ou même n’importe quelle activité) est pratiquée en tant que telle, comme un peintre qui peindrait pour le seul plaisir d’exercer son art, mais n’exposerait pas ses œuvres.

Cela ne signifie pas bien sûr que le pratiquant a renoncé à progresser ou à se donner des objectifs, mais ce n’est plus sa motivation première.

En général, les pratiquants qui ont cette motivation s’entraînent depuis au moins 5 ans et entraînent tout le corps, y compris les cuisses. Ils peuvent suivre un régime alimentaire optimal, mais pas nécessairement, acceptant certains compromis.

Notez au passage qu’en prenant de l’âge, même conserver son niveau est une forme de progression, puisque nous perdons naturellement de la masse musculaire chaque année, notamment à partir de la quarantaine et de manière accélérée ensuite (spécialement en l’absence d’exercice physique).

Pompe surélevé lesté avec veste

Comment développer sa motivation ?

Comment passe-t-on d’une motivation par l’objectif, à une motivation par la progression puis une pratique autotélique ?

La volonté vs l’habitude

Dans ma pratique « sportive », j’ai fait des choses rétrospectivement un peu « exotiques », comme faire du squat à la barre à 140 kg par -4° à 21h00 après une journée de travail, ou à l’inverse me lever à 5h45 du matin pour m’entraîner (faire de la musculation, aller courir…) avant de partir travailler.

Ceci, complètement seul, sans aucun objectif de compétition, sans encouragement d’aucune sorte, sans rechercher une quelconque reconnaissance.

Est-ce dû à une volonté de fer, à une détermination sans faille ?

Mon orgueil aimerait pouvoir l’affirmer et s’en gargariser, mais en réalité, le facteur déterminant est l’habitude.

La même habitude qui vous fait vous brosser les dents tous les jours est celle qui me permet de m’entraîner quoiqu’il arrive (si du moins j’en ai la possibilité matérielle, à l’impossible nul n’est tenu n’ont plus, il ne faut pas tomber dans le dogmatisme), quel que soit le temps, quelle que soit la fatigue.

Et pourtant régulièrement je n’ai pas vraiment envie de m’entraîner avant de commencer la séance. Comme tout le monde, j’ai toujours une possible excuse : j’ai froid, j’ai chaud, j’ai faim, j’ai trop mangé, je suis fatigué, je suis patraque, je me sens « mou », j’ai des trucs à faire, je n’ai pas le temps…

À partir de là, si vous sautez votre entraînement, vous êtes « cuit » : le lendemain ou le surlendemain, vous aurez toujours une excuse, avec en plus le fait que vous ayez manqué la séance précédente, et que finalement ce n’était pas si grave (vous êtes toujours là, la terre continue à tourner…) et donc pourquoi ne pas sauter également celle-ci ?

À l’inverse, si vous vous entraînez, vous diminuez le « pouvoir » des excuses sur votre prochaine séance et votre discipline se transforme petit à petit en habitude.

D’après mes lectures, pour construire une habitude, il faudrait une soixantaine de jours : donc si vous vous entraînez trois fois par semaine, il faudrait environ six mois sans sauter une seule séance pour créer l’habitude de faire du sport régulièrement, et ne plus prêter attention aux [fausses-]excuses.

Notez qu’une habitude peut être bonne ou mauvaise et que plus votre habitude dure, plus elle se renforce.

La passion

À l’aurore, sur les plages du Sud-Ouest, quelle que soit la période de l’année, on peut voir des surfeurs jouer de la planche, après avoir passé la nuit dans une camionnette garée sur un trottoir à quelques pas.

Ceux-là n’ont pas besoin d’habitude, ils ont la passion.

L’habitude permet certes de se brosser les dents 3 minutes tous les jours, mais de là à faire trois séances de musculation ou de sport par semaine pendant quelques décennies (puisqu’on ne voit pas non plus pourquoi on ne s’entraînerait pas toute sa vie, cela n’a pas de sens d’arrêter sous prétexte de l’âge qui avance), c’est une autre histoire.

Normalement, avec le temps vous prendrez plaisir à faire de la musculation, à courir, à entraîner votre corps, même si l’entraînement en lui-même est « douloureux ».

Vous apprécierez ce moment de concentration et focalisation (de nos jours on parle de « mindfulness » ou « pleine conscience » pour désigner strictement la même chose), vous apprécierez sentir vos muscles travailler, votre cœur battre fort, vos poumons « respirer » profondément, votre peau « suer » abondement et le bien-être général ressenti après l’entraînement.

Pour autant, peut-être que la passion ne viendra pas, peut-être que l’entraînement de musculation vous paraîtra toujours déplaisant.

Dans ce cas, ne perdez pas votre temps, la vie est suffisamment courte pour ne pas s’imposer des choses désagréables et il y a d’autres manières d’être en forme : faites de la natation, de l’aviron, de la voile, du vélo, essayez un sport collectif, promenez-vous en marchant rapidement, dansez, bref, trouvez simplement une passion où vous êtes actif.

Le respect de soi

De par notre éducation (assis 7 heures par jour sur une chaise pendant l’enfance et l’adolescence) et culture d’origine religieuse judéo-chrétienne (l’âme monte au ciel, le corps reste dans la tombe), nous avons tendance à dissocier notre corps de notre esprit.

En réalité, comme le montrent les maladies psychosomatiques, les deux sont liés et nous devons respecter notre corps autant que notre esprit.

Respecter son corps, c’est lui donner les moyens d’être ce qu’il est sensé être et faire ce qu’il est sensé faire : bouger avec aisance, se mouvoir avec agilité, avoir une certaine force.

Manger mieux, faire de la musculation ou du sport, ne sont pas des actes narcissiques ou dévalorisants par rapport à la culture intellectuelle ou spirituelle : c’est seulement se respecter.

D’ailleurs, pendant longtemps, le terme de culture physique, aujourd’hui désuet, était employé à la place de musculation et était plus représentatif de son essence.

Elévation latérale unilatéral alterné avec haltères

Conclusion

Pour durer vraiment longtemps en musculation, sa pratique doit être autotélique et ancrée en tant qu’habitude et passion.

S’entraîner avec l’objectif de ressembler à quelqu’un d’autre n’est ni réaliste, ni suffisant, même à court terme.

Une motivation uniquement focaliser sur la progression peut convenir à moyen terme, mais cette motivation seule est insuffisante pour durer à long terme.

L’ancien terme, aujourd’hui désuet, « culture physique » est plus représentatif de l’approche à long terme et l’essence que devrait avoir la pratique de la musculation.

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